L'artiste que les stars des années 50 admiraient en secret
Lorsque l'on évoque les années 1950, les mêmes noms reviennent souvent : Elvis Presley, Buddy Holly ou encore Jerry Lee Lewis. Pourtant, une femme avait déjà ouvert la voie bien avant leur explosion médiatique : Sister Rosetta Tharpe.
Issue du gospel, elle est l'une des premières artistes à utiliser la guitare électrique comme instrument principal sur scène. Dès la fin des années 1930, elle mélange musique religieuse, blues et rythmes entraînants. Un cocktail inédit qui annonce le rock'n'roll avant même que le terme ne devienne populaire.
Au milieu des années 1950, alors que le rock commence à conquérir l'Amérique, de nombreux jeunes musiciens observent son jeu de guitare, son énergie et sa manière de faire dialoguer la voix avec les riffs électriques. Son influence sur Elvis Presley, Chuck Berry, Little Richard ou Johnny Cash est aujourd'hui reconnue par les historiens de la musique.
Un mariage transformé en concert géant
Le 3 juillet 1951, Sister Rosetta Tharpe organise ce qui reste l'une des opérations promotionnelles les plus étonnantes de l'histoire de la musique.
Son mariage avec son manager Russell Morrison est célébré au Griffith Stadium de Washington devant près de 25 000 spectateurs payants. Après la cérémonie, la chanteuse donne un véritable concert accompagné de son orchestre.
À une époque où les concerts géants n'existent pratiquement pas encore, transformer un mariage en spectacle populaire relève d'une idée totalement inédite. L'événement fait la une de nombreux journaux américains et participe à faire de l'artiste une immense vedette.
Une guitare qui faisait scandale
Dans les années 1950, beaucoup de responsables religieux reprochent à Sister Rosetta Tharpe de jouer une musique jugée trop moderne.
Son tort ? Introduire des rythmes proches du rhythm and blues dans des chants religieux et se produire aussi bien dans les églises que dans les salles de spectacle.
Cette liberté choque une partie du public, mais attire une nouvelle génération fascinée par son énergie. Sa manière de jouer, très dynamique, avec des solos rapides et un son saturé pour l'époque, préfigure clairement celui des futurs guitar heroes du rock.
L'Europe la redécouvre avant l'Amérique
Alors que sa popularité ralentit aux États-Unis à la fin des années 1950, Sister Rosetta Tharpe connaît un succès inattendu au Royaume-Uni.
Ses tournées britanniques impressionnent une jeune génération de musiciens qui découvriront quelques années plus tard le blues américain avant de former les grands groupes du rock anglais des années 1960.
Son héritage ne cessera ensuite d'être réévalué. Aujourd'hui, elle est régulièrement présentée comme l'une des pionnières essentielles de l'histoire du rock.
Une légende longtemps oubliée
L'histoire de Sister Rosetta Tharpe rappelle que les grandes révolutions musicales ne portent pas toujours les noms les plus célèbres.
À une époque où les femmes guitaristes étaient rarissimes, elle impose un style spectaculaire, influence durablement les artistes des années 1950 et participe à écrire l'un des premiers chapitres du rock moderne.
Bien avant les icônes que l'on associe spontanément aux fifties, elle avait déjà branché sa guitare… et changé l'histoire de la musique.

